Dans un monde où les interactions sont souvent superficielles et dictées par le désir de plaire, l’authenticité en relation devient un phare, une invitation à un mode de connexion plus profond et plus gratifiant.
- Mais qu’est-ce qu’une relation authentique ?
- Et comment y parvenir dans un environnement qui nous pousse souvent à porter des masques ?
La clé réside dans une exploration profonde de soi-même, une audace à cesser d’être les autres pour enfin être soi, pleinement et sans artifice.
Être soi : Le premier pas vers l’authenticité
L’idée de « être soi » peut sembler simple, mais elle est en réalité un cheminement complexe. Elle implique avant tout de cesser de vouloir plaire et de se conformer aux attentes d’autrui. Cette prise de conscience n’est pas de l’égoïsme, mais une reconnaissance fondamentale : personne n’est là pour « faire plaisir » aux autres. Nous sommes là d’abord pour nous réaliser chacun (et assumer pleinement cette responsabilité, que personne ne pourra prendre en charge à notre place) pour exprimer notre essence, et en cela, nous offrons un exemple inspirant à ceux qui nous entourent.
Pour être véritablement soi-même, il est essentiel de détourner son attention de ce que les autres veulent ou pensent, et de ce qui pourrait leur faire plaisir. Au lieu de cela, la question fondamentale à se poser est :
- Qu’est-ce que JE veux ?
- Qu’est-ce qui me ferait plaisir ?
- Qu’est-ce que JE pense et ressens ?
À trop s’occuper des autres, on risque de passer à côté de soi-même. Cette pulsion de vouloir plaire est souvent une fuite, un moyen d’éviter la confrontation avec son propre être. C’est à vous-même qu’il faut d’abord plaire. Si vous êtes solidement ancré dans votre centre de gravité, confiant en la vie et en vous-même, vous rayonnerez généreusement, comme le soleil, et tout le monde en profitera.
Ce ne sera donc pas de l’égoïsme mais de l’objectivité dans l’exercice difficile de la compassion envers autrui. Comment sauver quelqu’un de la noyade si on ne sait pas nager soi-même ? Il en va ainsi pour tout : il faut d’abord se Réaliser pour pouvoir aider les autres à se Réaliser aussi. Mais chacun doit faire son propre travail et personne ne doit porter personne !
Se définir plutôt que se défendre : Affirmer ses valeurs
Pour construire des relations authentiques, il est crucial de définir clairement ses valeurs.
- Qu’est-ce qui est important à vos yeux ?
- L’honnêteté, l’amitié, la liberté, la paix ?
En connaissant vos valeurs, vous saurez les reconnaître chez les autres et identifier les personnes avec lesquelles vous êtes compatible. Cela vous évitera bien des désillusions et des conflits inutiles, car vous discernerez plus rapidement avec qui vous êtes en affinité ou non.
S’ouvrir à l’authenticité : Prendre le risque de la vulnérabilité
L’authenticité exige de s’ouvrir à l’autre, et donc de courir le risque d’être rejeté. Si vous n’êtes pas habitué à nouer des relations authentiques, commencez par des personnes douces et qui ne vous impressionnent pas. Confiez-leur des choses personnelles, exprimez comment vous vous sentez, partagez vos vulnérabilités.
Observez comment ces confidences créent une relation de complicité et de confiance. La confiance se donne et se nourrit ; il faut miser un peu pour voir. Petit à petit, en faisant des essais prudents avec des personnes « faciles », votre confiance en soi se renforcera, et vous pourrez vous « risquer » à l’authenticité avec un cercle de plus en plus large de personnes.
Assumer ses envies et se faire respecter
Agissez par envie. Appelez les autres quand vous en avez envie, plutôt que simplement parce que vous pensez que cela pourrait leur faire plaisir. Il ne s’agit pas de ne jamais faire plaisir, mais pour que le geste soit authentique, il faut qu’il vous fasse d’abord plaisir à vous.
Il est également essentiel de se faire respecter. Ne vous laissez pas marcher sur les pieds sans rien dire. Quand on ne vous respecte pas, exprimez clairement que cela ne vous convient pas. Osez dire non. Osez demander, exprimez clairement ce dont vous avez besoin, simplement, sans attendre de réponse. Ne soyez pas déçu si les autres n’en tiennent pas compte ; ce n’est pas votre problème. Votre responsabilité est de dire ce que vous voulez et ce que vous ne voulez pas.
Et si les autres ont des comportements qui ne vous conviennent pas, n’hésitez pas à prendre vos distances, voire à les quitter. Certes, on ne peut pas toujours quitter ses parents, ses enfants ou même ses amis. Dans ces cas, prenez de la distance momentanément. Retirez-vous, vivez un peu par vous-même et pour vous-même, appréciez l’instant présent sans rien demander ni attendre.
Parler vrai pour des relations solides
Osez parler vrai. Le plus simple est souvent de dire la vérité, plutôt que de vouloir vous protéger ou protéger l’autre. Dites ce que vous pensez et ce que vous ressentez. Acceptez par avance que l’autre pense et ressente les choses autrement, et ne cherchez ni à le convaincre ni à vous justifier. Les discussions les plus courtes sont parfois les meilleures.
Communiquez de façon directe, sans tourner en rond, en étant factuel, en affirmant vos positions gentiment mais fermement. Ne procédez pas par des sous-entendus ou des insinuations. Dites ce que vous avez sur le cœur, exprimez vos émotions. N’ayez pas peur, il ne vous arrivera rien.
Aimer la solitude et ne pas chercher à changer les autres
N’ayez pas peur de la solitude, car sinon, vous serez toujours manipulé. Vous craindrez toujours l’abandon et vous vous soumettrez. C’est indigne de vous. Réagissez et acceptez le pire : rester seul(e). Acceptez d’être abandonné(e), comme ça, vous ne craindrez plus rien. L’idée fera son chemin, et un jour, vous n’aurez plus peur et oserez affronter les autres.
Enfin, ne cherchez pas à changer les autres. Laissez-les être ce qu’ils sont, sans les juger. Changez-vous vous-même et laissez les autres en paix. Des relations authentiques ne sont possibles que si chacun accepte l’autre tel qu’il est. Reconnaissez que chacun est unique et parfait tel qu’il est, avec ses imperfections. Chacun fait son chemin, avec ses erreurs, ses prises de conscience et ses rectifications. En voyant cela clairement, vous vous concentrerez sur vous-même pour progresser, plutôt que sur les autres pour les critiquer ou attendre d’eux quelque chose. N’attendez rien. Prenez-vous en charge en prenant vos responsabilités.
Les bienfaits de l’authenticité des relations
Les relations authentiques apportent une multitude de bénéfices :
- Un dialogue plus simple : Quand vous êtes au clair avec vous-même, vous ne nourrissez pas d’attentes envers les autres. Vous vous respectez et respectez l’autre.
- Des relations qualifiées : Vous vous dispersez moins et êtes plus exigeant envers vous-même en termes d’honnêteté vis-à-vis d’autrui. Les personnes ennuyeuses et superficielles auront moins tendance à vous fréquenter. Vous aurez moins d’amis, mais de vrais amis.
- L’attraction des bonnes personnes : Vous ne perdez pas de temps avec des gens avec qui vous n’avez rien à faire. Paradoxalement, en étant mieux centré, vous percevrez un champ d’amitié autour de vous auprès de toute personne rencontrée. Vous porterez un regard amical sur toute situation, la relation sera simple et directe et ne portera pas à conséquence.
- La préservation de votre énergie : Votre vie sera plus légère. Vous ne vous laisserez plus vampiriser par les personnes qui vous ennuient et à qui vous n’osiez pas dire non.
La présence à soi-même : Le fondement des relations fortes
Pour qu’il y ait une relation, il faut qu’il y ait deux entités, et même trois, si l’on considère la relation elle-même comme un troisième élément. Autrement dit, pour que vous soyez en relation avec les autres, il faut que vous soyez là, vous-même, en « état de présence« . Comment voulez-vous être dans la relation si vous n’êtes nulle part ?
Seule votre Présence, plénière et authentique, peut permettre une relation pleine et authentique. Dans un entretien, par exemple, si vous n’êtes que dans votre tête, vous vous coupez de vos émotions et n’êtes là qu’au tiers de vous-même.
Si, d’un autre côté, vous vous laissez embarquer par vos émotions, vous ne maîtrisez plus votre corps, vos pensées sont altérées, et vous êtes surdéterminé par des réactions psychologiques et hormonales qui vous font prendre des décisions insensées. Vous n’êtes pas là. Des réactions en vous (qui ne sont pas vous) pilotent la relation, qui se tord et glisse inévitablement vers des communications vides (compromissions, fuites, soumissions, manipulations, plaintes, reproches, justifications, conflits, etc.).
Pour une relation saine, il faut un pilote dans l’avion (au moins dans le vôtre). Il faut que vous soyez présent, avec votre attention éveillée, au niveau de la tête pensante, au niveau du cœur vibrant, et au niveau du corps sensible.
Qui sommes-nous vraiment ?
La question fondamentale demeure : qui êtes-vous vraiment ?
- Vous n’êtes pas votre personnage social : Votre personnage (votre personnalité) n’est qu’un agrégat disparate et incohérent d’interprétations inconscientes de l’image que les autres vous ont renvoyée. C’est un « avatar », une construction fragile qui peut s’effondrer comme un château de cartes. Vous n’êtes pas cette personnalité précaire.
- Vous n’êtes pas votre corps : Votre corps change constamment, de bébé à vieillard, ses cellules se renouvelant entièrement en seulement trois mois. Vous n’étiez pas plus ce corps quand vous étiez jeune et beau que vous ne le serez plus tard. Le corps est un véhicule précieux, mais il est transitoire.
- Vous n’êtes pas vos pensées : Les pensées vont et viennent sans cesse, comme des singes agités. Elles sont construites à partir de la mémoire et ne projettent que le passé. Nous nous laissons souvent emporter et nous identifions à tout ce qui passe sur l’écran mental, comme un spectateur de cinéma qui croirait vivre toutes les scènes du film. Cette identification consomme une énergie considérable pour maintenir une apparence de cohérence à notre personnalité et au contenu de nos pensées et émotions, alors que par nature, ils n’ont aucune consistance stable.
De quelle « présence à soi-même » parle-t-on alors ? Vous n’êtes ni votre corps, ni votre mental, ni votre personnalité. L’évidence de cette vérité peut être comprise rapidement par le mental, mais la réaliser à chaque instant demande un entraînement constant de discrimination.
Alors, qui êtes-vous vraiment ? Il est possible que l’on ne puisse pas répondre à cette question avec le mental, car l’Être que nous sommes n’est pas saisissable par lui. Il dépasse le cadre de référence relatif que le mental utilise pour appréhender le Réel.
Si je ne suis pas ce dont je suis conscient (pensées, émotions, perceptions), en revanche, je suis peut-être « cela » qui en est conscient. On ne peut pas dire que l’on n’est rien. Si l’on vous demandait maintenant si vous êtes là, si vous existez, vous répondriez certainement « oui » sans hésiter, car c’est une évidence intuitive non démontrable.
Quand on creuse, quand on « recule en soi » derrière la conscience, derrière les pensées, émotions, perceptions, on « touche » ce « quelque chose » que l’on est et qui n’est pas rien, qui n’est pas « absent ». C’est pourquoi il est juste de l’appeler « présence ». Ce quelque chose que je suis et qui est indubitablement présent.
L’expérience de l’Être et ses répercussions
Ce que je suis, je peux en vivre l’expérience, à défaut de pouvoir le désigner par des mots ou lui donner une forme par une pensée. Je peux « creuser » mon expérience, me désidentifier des marionnettes qui dansent devant mes yeux, et cesser de foncer comme un taureau dès que j’aperçois un chiffon rouge.
Je peux m’installer dans un point de calme intérieur, au milieu des agitations externes et internes, et y installer mon centre de gravité. Je peux même y installer mon quartier général et vivre tout le reste, en gardant consciemment un appui constant dans cet arrière-plan que je suis.
Le corps a sa vie propre, et les pensées vont et viennent, mais au-delà de leur contenu, je les perçois comme des processus, des mouvements dans la conscience qui prennent des images comme support.
Ce qui est commun à tout ce qui m’arrive, c’est l’observateur qui perçoit. Je suis celui qui semble vivre dans mon corps, qui endosse ce personnage social comme un vêtement pour établir des communications à l’extérieur, qui observe ces mouvements de la pensée. Je suis, en amont des phénomènes que j’observe, cette « Présence » qui est là, en silence.
Comme le suggérait Eckhart Tollé, la vie n’est pas quelque chose que l’on a, mais « quelque chose » que l’on EST. Cette prise de conscience est essentielle pour une « performance » authentique. Dans l’exercice du « lâcher prise sur le résultat », il s’agit de se décentrer du résultat pour se concentrer sur l’action immédiate, sans penser à rien d’autre, en mettant toute son énergie à chaque instant pour réussir ce qui est à faire. C’est un leadership positif, qui s’inscrit les deux pieds dans l’instant présent.
Quand on est présent (présence à soi-même, présence à l’autre, présence à la relation), il se passe quelque chose de vrai dans la relation. Si vous êtes présent, discrètement et sans intention particulière, vous ne tarderez pas à attirer ceux qui sont présents aussi autour de vous. Et même ceux qui sont presque « absents » (tellement ils sont dans leur tête) seront attirés par la consistance du rayonnement de votre présence. Cette douce chaleur et cette lucidité attirent les autres à l’intérieur d’eux-mêmes, à vivre leur propre présence à soi-même, au sein de laquelle chacun est chez soi et en même temps très proche des autres.
En définitive, les relations authentiques ne sont pas un idéal inaccessible, mais le fruit d’un travail intérieur profond. En osant être soi, en reconnaissant et en affirmant ses valeurs, en cultivant la vulnérabilité et en assumant sa présence, nous ouvrons la voie à des connexions humaines plus riches, plus sincères et plus épanouissantes. Êtes-vous prêt à entreprendre ce voyage vers une authenticité relationnelle ?



