Entretien avec Paul Devaux, coach spirituel et accompagnant en relations authentiques
Paul Devaux a passé plus de vingt ans à accompagner des dirigeants d’entreprise avant de consacrer sa pratique au coaching spirituel. Professeur de Qi Gong et de yoga, il propose aujourd’hui un accompagnement qui allie rigueur professionnelle et profondeur spirituelle. Nous l’avons rencontré pour parler de ce qui fait si souvent défaut dans nos vies modernes : la qualité de présence et l’authenticité relationnelle.
Solitude bien entourée
Beaucoup de gens se plaignent de solitude malgré leurs nombreuses relations. Comment expliquez-vous ce paradoxe ?
La solitude dont ils parlent n’est pas un manque de contact. C’est un manque de vraie rencontre. On peut passer sa journée entourée de gens, échanger des centaines de messages, et rentrer chez soi avec cette sensation étrange d’avoir été absent de sa propre vie. Parce qu’on n’a pas vraiment été là, présent. On a été dans le rôle, dans l’image, dans ce qu’on croit devoir montrer.
La vraie solitude, c’est d’être coupé de soi-même. Et quand on est coupé de soi, on ne peut pas vraiment rejoindre l’autre. On reste en surface, dans des échanges polis, fonctionnels, parfois même chaleureux en apparence, mais qui ne nourrissent pas vraiment. Qui ne touchent pas cette part essentielle en nous qui a besoin d’être vue, reconnue, accueillie.
Obstacles à la Présence authentique
Qu’est-ce qui nous empêche d’être présents ?
La peur, essentiellement. La peur de ne pas être à la hauteur, de décevoir, d’être rejeté si on se montre tel qu’on est vraiment. Alors on développe des stratégies. On devient expert dans l’art de ne rien laisser transparaître qui pourrait nous rendre vulnérable. On se construit des personnages : le pro compétent, le parent parfait, l’ami toujours disponible, le conjoint idéal.
Le problème, c’est que ces personnages sont épuisants à maintenir. Et surtout, ils nous coupent de notre vitalité profonde. Quand vous jouez un rôle, même brillamment, vous n’êtes pas nourri par la relation. Vous y dépensez votre énergie sans rien recevoir en retour.
Dans mon travail avec les dirigeants, je vois ça constamment. Des personnes ultra-performantes, admirées, qui se sentent terriblement seules parce que personne ne connaît vraiment la personne derrière la fonction. Même dans leur couple, même avec leurs enfants, (et même dans leur propre regard sur eux-mêmes) ils restent parfois dans une forme de représentation.
Relation authentique ou relation de façade ?
Comment distingue-t-on une relation authentique d’une relation de façade ?
Une relation authentique, vous la sentez dans votre corps. Il y a un relâchement, une respiration qui s’approfondit, une détente dans les épaules. Vous pouvez être vous-même sans effort, sans surveillance permanente de ce que vous dites ou de l’image que vous renvoyez.
À l’inverse, les relations de façade créent une tension. Vous sortez d’une soirée entre amis ou d’une réunion professionnelle et vous êtes vidé, alors que vous n’avez fait que parler. C’est le signe que vous avez maintenu une posture, que vous n’avez pas pu vous poser vraiment.
Le corps ne ment jamais. Il sait, avant le mental, si une relation est vraie ou fausse. Le problème, c’est qu’on a appris à ignorer ces signaux. On se force à sourire, à être sympa, à faire bonne figure, même quand tout notre être crie son malaise.
Importance du corps
Vous parlez beaucoup du corps dans votre approche. Pourquoi est-ce si important ?
Parce que la présence est d’abord corporelle. Vous ne pouvez pas être vraiment présent à l’autre si vous n’êtes pas présent à vous-même, à vos sensations, à votre respiration, à votre ancrage dans l’instant.
C’est toute la richesse du yoga et du Qi Gong : ces pratiques nous réapprennent à habiter notre corps, à sentir ce qui se passe en nous. Et quand vous commencez à sentir vraiment, vous développez une qualité d’écoute différente. Vous n’êtes plus seulement dans le mental qui analyse, commente, juge. Vous êtes dans une présence plus vaste, plus silencieuse, qui peut accueillir l’autre tel qu’il est.
Dans mes accompagnements, les exercices corporels ne sont pas du tout un « à-côté sympathique ». Ils sont au cœur du processus. C’est dans le corps que se logent les mémoires anciennes, les patterns relationnels hérités, les croyances limitantes. Et c’est dans le corps que se fait la vraie transformation, pas juste dans la compréhension intellectuelle.
Concrètement, comment développe-t-on cette qualité de présence ?
Il n’y a pas de recette magique, mais il y a un chemin. Un chemin qui demande de la patience, de l’honnêteté avec soi-même, et un certain courage.
La première étape, c’est de reconnaître où vous n’êtes pas présent. Observer les moments où vous déconnectez, où vous vous mettez en pilote automatique, où vous jouez un rôle. Ne pas se juger pour ça, juste observer. C’est déjà énorme.
Ensuite, il s’agit de créer des espaces de présence à soi. Des moments où vous vous posez, où vous respirez consciemment, où vous sentez votre corps. Ça peut être cinq minutes le matin, une pause dans la journée, une marche attentive. L’important, c’est la régularité. La présence, c’est comme un muscle : ça se développe avec l’entraînement.
Et puis, il y a le travail sur les peurs qui vous maintiennent dans la défense ou dans le masque. Qu’est-ce qui vous empêche de dire ce que vous ressentez vraiment ? Qu’est-ce qui vous pousse à vous adapter en permanence ? Quelles blessures anciennes se réactivent dans vos relations ? Ce travail-là se fait idéalement avec un accompagnement, parce qu’on a nos angles morts, nos zones aveugles.
La peur d’être authentique
Beaucoup de gens ont peur qu’être authentique signifie tout dire, tout lâcher sans filtre…
C’est une confusion fréquente. L’authenticité, ce n’est pas l’impulsivité. Ce n’est pas balancer tout ce qui vous passe par la tête sous prétexte d’être vrai. Ça, c’est juste de la réactivité déguisée en sincérité.
La vraie authenticité passe par un travail de discernement. C’est souvent le résultat d’un long travail sur soi, pour retrouver une spontanéité réellement naturelle. Qu’est-ce qui est vraiment mien, et qu’est-ce qui est une projection, une blessure qui parle, une émotion passagère ? Qu’est-ce qui mérite d’être partagé parce que c’est profond et vrai, et qu’est-ce qui peut rester privé ?
Être authentique, c’est d’abord être vrai avec soi-même. C’est reconnaître ce qui se passe en vous, l’accueillir, le comprendre. Ensuite seulement, vous pouvez choisir ce que vous partagez avec l’autre, comment vous le dites, quel est le bon moment.
L’authenticité n’exclut pas la délicatesse, au contraire. Quand vous êtes vraiment présent à vous-même et à l’autre, vous savez naturellement ce qui peut être dit et comment le dire sans blesser inutilement.
Vous accompagnez souvent des personnes qui sortent de relations toxiques. Comment retrouve-t-on la capacité de faire confiance après ça ?
La confiance ne se décrète pas, elle se reconstruit. Et elle commence par la confiance en soi. Beaucoup de personnes qui ont vécu des relations toxiques se disent : « Je ne peux plus faire confiance aux autres. » Mais en réalité, c’est souvent : « Je ne peux plus me faire confiance à moi-même pour choisir, pour voir les signes, pour partir quand il faut. »
Le travail consiste donc à restaurer cette confiance intérieure. À vous reconnecter avec votre ressenti, avec votre intuition qui, elle, savait souvent très tôt que quelque chose n’allait pas. Mais vous ne l’écoutiez pas, parce que vous aviez peur de la solitude, parce que vous vouliez croire à l’histoire, parce que vous pensiez pouvoir changer l’autre.
Quand vous retrouvez cette écoute de vous-même, quand vous apprenez à respecter vos limites, à dire non, à partir quand c’est nécessaire, alors la confiance revient. Pas une confiance aveugle, mais une confiance lucide : vous savez que, quoi qu’il arrive, vous serez là pour vous-même.
Et paradoxalement, c’est cette confiance en soi qui permet de s’ouvrir à nouveau aux autres. Parce que vous n’avez plus besoin de vous protéger en permanence. Vous savez que vous pouvez gérer ce qui vient.
Solitude et isolement
Quelle est la différence entre solitude et isolement ?
L’isolement, c’est une coupure. Vous êtes seul et vous en souffrez, vous vous sentez séparé, exclu, pas à votre place dans le monde. C’est une solitude subie, défensive.
La solitude authentique, c’est un espace de rencontre avec soi-même. C’est un moment choisi où vous vous retrouvez, où vous vous écoutez, où vous vous reconnectez à votre centre. Loin d’être une coupure, c’est une ressource.
Les personnes qui ont peur de la solitude sont souvent celles qui n’ont jamais appris à être bien avec elles-mêmes. Alors elles cherchent en permanence la distraction, le bruit, la compagnie, n’importe quoi pour ne pas se retrouver face à elles-mêmes. Mais cette fuite les épuise et les maintient dans des relations superficielles.
Quand vous apprivoisez la solitude, quand vous découvrez qu’elle peut être paisible, nourrissante, créative, alors vous n’avez plus besoin de l’autre pour combler un vide. Vous pouvez entrer en relation depuis votre plénitude, et non depuis votre manque. Ça change tout.
Peur du vide
Comment fait-on pour sortir de l’urgence de combler le vide ?
D’abord, il faut reconnaître ce vide. Ne plus le fuir, ne plus le couvrir avec des activités, des relations, des addictions diverses. Juste le regarder, le sentir. C’est terrifiant au début, mais c’est libérateur.
Parce que ce que vous découvrez, c’est que ce vide n’est pas mortel. Il n’est pas ce trou béant qui va vous engloutir. C’est un espace, certes inconfortable, mais traversable. Et souvent, quand vous l’explorez vraiment, vous trouvez dessous quelque chose d’inattendu : une tristesse ancienne, une colère réprimée, un besoin non reconnu, une aspiration profonde.
Le vide est un symptôme, pas le problème. Le problème, c’est ce qui a créé ce vide : les parties de vous que vous avez abandonnées, les besoins que vous n’avez pas honorés, les émotions que vous avez refoulées, les rêves que vous avez trahis.
Quand vous commencez à reprendre contact avec tout ça, le vide se transforme. Il devient un espace d’accueil, de possibilité, de créativité. Vous n’avez plus besoin de le combler frénétiquement, parce qu’il n’est plus menaçant.
Et la dimension spirituelle ?
Dans votre pratique, vous parlez aussi de dimension spirituelle. Comment l’articulez-vous avec les relations concrètes ?
La spiritualité, ce n’est pas un truc éthéré déconnecté du réel. C’est au contraire ce qui donne de la profondeur et du sens à nos vies concrètes, à nos relations quotidiennes.
Quand je parle de présence, de qualité d’écoute, d’authenticité, je parle de qualités spirituelles incarnées. La capacité à voir l’autre au-delà de son masque social, à reconnaître sa dignité essentielle même quand il est dans l’erreur ou la souffrance, à rester connecté à quelque chose de plus grand que l’ego dans la relation, tout ça relève de la spiritualité vivante.
Dans mes accompagnements, je propose parfois ce que j’appelle des traitements spirituels. Ce n’est pas de la magie. C’est une façon de solliciter des ressources qui dépassent notre volonté individuelle, des aides invisibles, une guidance qui vient d’ailleurs. Mais toujours dans l’humilité, jamais dans la toute-puissance.
Parce que la vraie spiritualité, c’est justement reconnaître qu’on ne peut pas tout avec nos seuls moyens. Qu’il y a des forces de guérison, de transformation, de réalignement qui sont disponibles si on sait les accueillir. Mais pour ça, il faut lâcher le contrôle, accepter de ne pas savoir, faire confiance à ce qui se déploie.
Justement, vous insistez beaucoup sur le fait de ne pas imposer de dogme…
Absolument. Je ne suis pas là pour convertir qui que ce soit à quoi que ce soit. Chacun a son chemin, ses croyances, sa sensibilité. Mon rôle n’est pas de vous dire quoi penser, mais de vous aider à trouver vos propres réponses.
La spiritualité, dans mon approche, c’est un ensemble d’outils, de grilles de lecture, de pratiques qui peuvent éclairer votre route. Si ça vous parle, on explore. Si ça ne vous parle pas, on trouve autre chose. L’essentiel, c’est votre libération, votre autonomie, votre capacité à créer une vie qui vous ressemble vraiment.
Je viens d’une longue recherche métaphysique occidentale, j’ai pratiqué et enseigné le yoga et le Qi Gong pendant des années, j’ai exploré différentes traditions. Mais tout ça, ce sont des moyens, pas une fin. La fin, c’est vous, debout dans votre propre vie, capable d’aimer et d’être aimé vraiment.
Quel conseil donneriez-vous à quelqu’un qui sent qu’il est temps de changer sa façon d’être en relation ?
Commencez simple. Choisissez une relation, une seule, où vous allez expérimenter plus de présence et d’authenticité. Ça peut être avec un ami, un collègue, même avec le commerçant du coin.
Dans cette relation, entraînez-vous à être vraiment là. Écoutez sans préparer votre réponse. Regardez la personne vraiment, pas distraitement. Osez dire une vérité simple, même si elle vous rend vulnérable. Observez ce qui se passe en vous quand vous faites ça.
Et soyez patient. On ne déconstruit pas vingt, trente, quarante ans de conditionnements en un claquement de doigts. C’est un chemin, avec des avancées et des reculs, des moments de grâce et des moments de doute.
Mais chaque fois que vous choisissez la présence plutôt que le pilote automatique, chaque fois que vous choisissez l’authenticité plutôt que le masque, quelque chose change. En vous, et dans la qualité de vos relations. Et peu à peu, vous découvrez une façon d’être au monde qui est à la fois plus simple et plus riche, plus exigeante et plus légère.
Une dernière question : qu’est-ce qui vous nourrit le plus dans votre travail ?
Ces moments où je vois quelqu’un se relâcher, se poser, se reconnecter à lui-même. Il y a quelque chose qui change dans son regard, dans sa posture. Comme s’il revenait habiter sa maison après une longue absence.
Et puis, voir des personnes qui étaient enfermées dans des patterns destructeurs, qui souffraient dans leurs relations, qui se sentaient impuissantes, retrouver leur pouvoir, leur clarté, leur joie. Voir quelqu’un qui était dans la dépendance affective devenir autonome. Voir quelqu’un qui était coupé de lui-même se réconcilier avec ce qu’il est.
C’est pour ça que je fais ce métier. Pas pour sauver qui que ce soit, pas pour imposer une vision. Juste pour accompagner ces moments de transformation, être témoin de ces retours à soi, de ces naissances à une vie plus vraie. C’est un privilège immense, et une responsabilité que je prends très au sérieux.
Pour en savoir plus sur l’accompagnement de Paul Devaux :
- Coaching spirituel et énergétique : soins-energetiques-bretagne.fr
- Coaching professionnel : pauldevaux.fr
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